Re: Merci Tolkien
Posté : 14 mars 2011 22:54
Hé bien, je vais pinailler comme un troll: autant Howard continue de me faire rêver, je ne peux plus en dire autant de Tolkien.Corbo a écrit :Eh là, je suis grand fan de Tolkien, Howard, Gygax et Arneson (Gygax a pas fait DD tout seul) mais si on part dans cette direction, remercions les gars qui ont écrit les Eddas et tous les mythes, mythologie et légendes de tout bord. Si on regarde les bestiaires DD des premières éditions (et aussi le folklore de Tolkien ou Howard), on y retrouve toutes les bêtes issues de l'imagination des hommes des quatre coins du globe. Et oui, la catoblepas, le gobelin, les dragons, les orcs, les nagas et tout le reste, ont d'abord été des êtres issus des âges anciens.
Prenons l'exemple des ogres, chez nous on disait les Hongrois féroces au point de manger les enfants, du coup est né le mythe du terrible mangeur de bébé (hongrois/ogre, c'est très proche).
Tout ca pour dire (et non pas pour pinailler comme un troll), que Tolkien et Howard (les pères de la fantasy moderne, les autres étant dérivés de l'un ou de l'autre), ont crée leurs œuvres en puisant dans notre mémoire collective, c'est pourquoi elles nous parlent et continuent de nous faire rêver (et bien entendu, la qualité de leur écriture, le jour ou je maitriserais avec un tel brio, j'écris un best seller).
Comme beaucoup ici, j'ai lu et relu leurs oeuvres, et joué à leurs adaptations JDR (merci Gary, entre autres, mais lui d'abord), et je crois qu'il y a une différence fondamentale entre les deux mondes que nous proposent ces auteurs.
L'Hyboria de Howard, c'est la très haute antiquité, mythique, de l'humanité, et c'est surtout un héros anticonformiste: Conan. Un barbare, certes avec un code de l'honneur (pas de viols, pas de meurtres gratuits), mais un personnage brutal. C'est l'inverse du héros traditionnel tel que l'entendent les standarts des années 1930 (héros déjà ancients et recyclés: Lancelot, Parsifal, etc... le chevalier courtois donc), contrairement d'ailleurs au héros mythologique (chez les Grecs notamment: Achille ou Heracles sont très loin d'être des enfants de choeur). Bref, un anarchiste avec une épée (et des sandales pour fouler les tombeaux des rois...).
A l'inverse l'univers de Tolkien c'est, pour Le Silmarillion, une version de la chute de Satan (Melkor/Morgoth) qui dérive ensuite vers le mythe de l'Atlantide, très conformiste, mais rien de bien méchant. Pour Le Seigneur des Anneaux, ça devient carrément génant, je veux dire raciste (au sens des théories unanimement partagées au XIXème siècle, et beaucoup moins après les années 1950) . Admettons qu'à son époque on puisse écrire que l'ennemi fût à l'est (le traumatisme de deux guerres contre l'Allemagne, les débuts de la guerre froide) et que l'on puisse associer métaphoriquement le Mordor aux totalitarismes nazi ou stalinien. Mais, les alliés de Sauron, les "mauvais" humains, ce sont les Variags, peuple nomade des steppes (le péril jaune en somme), et les Suderons, ou Haradrim, qui vivent dans le désert (les Arabes donc). Evidemment, les "bons" vivent à l'ouest et sont des Blancs.
Donc, pour moi c'est: Tolkien, non merci (ouh, je sens que les fans vont me lancer des pierres